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Au long de son séjour à Ste Odile, Barriot va produire une série de grands émaux tels que
"St Jean Baptiste" (2,14m x 0,68m) ou encore le "Christ aux Larrons" (2,10m x 0,85m).
Barriot atteint avec ce dernier une pureté de trait proche de la perfection. La silhouette de St Jean Baptiste est dépouillée de tout superflu. Pour représenter l’annonciateur de la venue du Christ et qui, donc, précède la lumière, Barriot présente un St Jean au corps sombre sur un fond de lumière dorée. Là encore, la prouesse technique est exceptionnelle.

St Jean Baptiste

"St. Jean Baptiste"
2.14m x 0.68m

Pendant la guerre, Barriot va composer un autre chef d’oeuvre aux dimensions impressionnantes : une "Danse Macabre" de 6 mètres de long sur 1 mètre de hauteur. Une fresque représentant les vertus et les vices humains dans laquelle des squelettes hilares entraînent les hommes dans une gigue diabolique.

Les personnages tuant et torturant sous l’uniforme nazi auraient pu, s’ils avaient été découverts par l’occupant, coûter très cher à leur créateur. Tout comme ses talents de faussaire qui nourrirent sa famille lorsqu’il les employaient au métier de copiste, reproduisant des tableaux de maître, mais aussi nombre de laissez-passer et documents officiels qu’il fournissait aux réseaux de résistance.
La guerre terminée, Robert Barriot réintègre son Berry natal. Il emménage avec sa famille dans une gentilhommière de campagne près de Bourges. Là, il continue sa recherche sur les émaux en même temps qu’il explore d’autres champs artistiques. Il réalise quelques oeuvres sur commande comme des parchemins enluminés que la ville désire offrir à des hôtes de marque, et notamment à André Malraux, Ministre de la Culture de l'époque.

Il réalise également des statues émaillées, ce qui lui permettra de travailler la cuisson de l’émail sur un support tridimensionnel. Ainsi, il élargit encore, dans un souci permanent de progression, le champ de son art. Enfin, il revient à la dinanderie et martèle le cuivre pour façonner l’archange qui orne aujourd’hui le clocher de la cathédrale de Metz pour que "tous les soirs, au-delà des hommes, l’archange regarde le soleil se coucher car" dit le maître, "c’est important".

Christ aux Larrons

"Christ aux Larrons"
2.10m x 0.85m


Danse macabre

"Danse Macabre"
6.00m x1.00m

Mais, plus important encore est l’oeuvre qu’il produit au jour le jour, pour lui-même, dans sa gentilhommière du Berry. Notre homme s’est en effet mis en tête de composer un ouvrage de textes et de dessins sur parchemins. Loin de choisir la facilité, il compose 150 légendes du Berry en incunables, c’est-à-dire que chaque ligne de texte est une baguette de bois sculptée à l’envers. Un travail aussi titanesque que rare puisqu’on s’était empressé d’abandonner cette technique après l’invention de l’imprimerie par Gutemberg en 1501. Chaque légende est accompagnée d’un dessin en gravure pointe sèche.
On le voit, l’oeuvre de Barriot est aussi colossale que déroutante. Si on peu être tenté de la classer sous l’appellation d’art religieux, les oeuvres produites après son retour au Berry tendent à prouver que toute forme d’étiquetage serait bien trop restrictif.
"La Fade" (0,96m x 0,91m) est une figure légendaire du Berry, une divinité féminine qui vit dans la forêt et que Barriot a représenté donnant naissance. Un émail d’un vert profond où tout n’est que courbes et rondeurs, une image première de la femme, de ses souffrances et de son mystère.
La Fade

"La Fade"
0.96m x 0.91m

Gargantua

"Gargantua"
2.00m x 1.00m

On trouve aussi des galeries de portraits païens ou l’étrange et l’inquiétant (Barbe Bleue et ses sept femmes) le disputent au truculent (effigie de Gargantua, 2,00m x 1,00m).
Le maître atteint le sommet de son art avec sa série de 4 portraits : "Le fou, l’idiot, le simple et l’illuminé". Tous brillent d’une fièvre mystérieuse et profonde.

Le simple

Le Simple

L'illuminé

L'Illuminé

Si l’inspiration religieuse présente dans la majorité des oeuvres est indéniable, la liberté du trait, la hardiesse des volumes et l’expressivité des visages font que ses compositions liturgiques sont empreintes d’un anticonformisme singulier. On sera sans doute troublé par ce "Christ aux Larrons" dans lequel les corps presque enchevêtrés sont chargés d’une sensualité couleur de miel. Cette liberté dans le traitement des thèmes religieux ne tire jamais à l’irrévérencieux mais, au contraire confère aux figures évangéliques des qualités plus humaines, plus accessibles. On sent dans toute l’oeuvre de Barriot une volonté d’humaniser le sacré et de sacraliser l’humain. "Rue Blondel", se plaisait à raconter Barriot, "j’ai décoré un bordel. Je l’ai fait avec autant d’intérêt qu’un chemin de croix. C’est un sujet tout aussi humain".

 
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