Pierre
lErmite
Qui était Pierre lErmite, monseigneur Loutil ?
Alsacien par sa mère, berrichon par son père, il avait
hérité du portrait physique de sa mère mais il avait lâme de son père.
Revendiqué par lun comme berrichon, par lautre comme alsacien, sa mère ne
cessait de lui répéter : « Tu es alsacien ! Le Berry na besoin de rien.
LAlsace sans cesse est en danger, persécutée, exilée, elle a besoin de
tout. Tu dois faire quelque chose pour lAlsace » .
Pierre lErmite : « Je le pense aussi et je compte payer ma dette
à ma terre natale
je ne me figurais pas à ce moment là, que soixante
dix ans plus tard
mais nanticipons pas ! »
Célèbre par ses écrits dans le journal « La
Croix », esprit critique mais jamais irrévérencieux, il navait pas peur
dexprimer ce quil pensait avec cette pointe dhumour qui le
caractérisait et forçait au respect. Sa vocation et son esprit de croisade
lavaient probablement orienté dans le choix de son pseudonyme
décrivain : Pierre lErmite. Homme du XXème siècle, il
menait ses combats sur tous les fronts: écrivain, critique, orateur, bâtisseur, homme de
terrain, il navait pas besoin dentreprendre une longue marche sur les chemins
de Jérusalem, il lui suffisait de parcourir sa paroisse.
Organisateur infatigable, il avait créé une colonie de
vacances dans lîle de Noirmoutiers « Les vieux crabes », où il aimait
aller se reposer dans sa propriété. Il emmenait « ses enfants » avec lui. Il
vivait un bonheur de père ; il avait sa vie de famille en quelque sorte.
Après des années dune vie sacerdotale bien remplie, son
destin allait basculer lorsquun jour Monseigneur Verdier lui annonça sa
visite :
Écoutons-le : « Nommé curé de la belle paroisse de Saint-François
de Salle, je me figurais que jallais avoir un ministère calme, ouaté
un
ministère de vieux curé prêtre dont la voix baisse et lardeur séteint.
Quelle erreur était la mienne ! ».
Cest alors que rentra en scène son éminence
larchevêque de Paris, quon appelait déjà « le cardinal des
chantiers ». Il venait à son secours en lui confiant la construction dune
église tout près de la porte de Champerret et le cardinal dajouter : « Vous
le savez
moi, japproche de mon centième chantier
cela me suffit. Aussi
le nouveau chantier sera bien votre chantier ou si vous préférez, un chantier
in partibus.
Et cest ainsi que se réalisa le vux pieux
dune mère pour son fils qui sest vu attribuer à lâge de 71 ans,
la charge de cette lourde tâche.
Cette église, il la dédiera à Sainte Odile, cette sainte qui
domine la ligne bleue des Vosges
« Sainte-Odile fut la sainte de ma
jeunesse, elle sera celle de mes vieux jours ».
A la question dun des vicaires généraux « Quel est
le banquier de Sainte Odile ? », celui-ci s'entendit répondre par Pierre
lErmite : « La providence, Monsieur le vicaire général ! Cest
entendu, je parle du banquier dici-bas, du banquier terrestre. La future église
sera, telle la plaine dAlsace, léglise des petits ruisseaux puisque comme
ressources pour faire face à la dépense immense, je ne vois actuellement rien autre
chose ».
Et cest ainsi que dans un de ses articles parus dans le
journal La Croix, il écrira : « Jengage le dallage, jengage la flèche,
jengage tout !
pour le moment, je répète, en la transposant, oh, pas
tant que cela, la parole de Clemenceau : Je fais Sainte Odile ».
La construction de Sainte Odile allait sceller le destin de
Pierre lErmite et de mon père. Un véritable défi, tant pour lun que pour
lautre, avec à lhorizon les prémices dune guerre. Pierre lErmite
avait écrit un article prémonitoire : LAllemagne, cauchemar du monde.
La machine de guerre se mettait en route et allait compromettre le déroulement des
travaux.
Des ouvriers réquisitionnés, les maîtres duvre
partis au front, il ne restait plus quune poignée dhommes en 1939. Le
chantier était devenu indifférent, presque hostile. Il fallait la volonté de Pierre
lErmite et le courage de Robert Barriot pour sauver Sainte-Odile. Langoisse
dun bombardement pouvait réduire à néant toute une vie dartistes religieux.
Le Maître verrier Decorchemont sévertuait à répéter « un tel
travail, jamais je ne pourrais le recommencer ! ». La
même question se posait pour le retable de Robert Barriot. Un an de repoussage du cuivre,
lincertitude des cuissons, un défi qui remettait en cause 5 000 ans
démailllage
.
« Deum spiro, spero
.tant que je respire, jespère
». Pierre lErmite en avait fait sa devise quotidienne.
Quoi de plus normal pour une église en construction, que de
choisir des artistes pour son embellissement. Avec Pierre lErmite, le destin de
celle-ci allait être à son image : vivante, combattante, salvatrice, un lieu
déchange, découte et de réconfort. Sa vocation ne devait pas être
seulement ecclésiastique et paroissiale, mais un lieu où chaque individu pouvait se
ressourcer et partager dans une même communion, une vie spirituelle et artistique.
Comme Victor Hugo avec son célèbre roman « Notre Dame de
Paris », quel écrivain ne serait-il pas tenté décrire aujourdhui
lhistoire de mon père à Sainte-Odile ?
Au XXème siècle, dans le clocher de léglise
Sainte-Odile, vit un artiste du Moyen-Age
Tous les gens qui venaient visiter mon père dans
lauditorium, quils soient ecclésiastiques, musiciens, poètes, intellectuels,
artistes, savants, journalistes, médias, hommes politiques et anonymes, lorsquils
gravissaient les marches du clocher pour ces rencontres dexception, avaient
conscience quils jouissaient dun moment unique au milieu des uvres de
mon père et des plus beaux émaux du monde.
Privilège unique dune église vivante, au service des
hommes, de leur culture, de leurs échanges, de leur vocation, une église comme au temps
de Saint-Louis, faite pour donner et recevoir.