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Histoire de l’église Sainte-Odile
Une église, un clocher, un retable

L’histoire de l’église Sainte-Odile à Paris serait comme toutes celles des autres églises construites dans les années 30 si elle n’avait pas été habitée par un artiste nommé Robert Barriot. Comme au temps des cathédrales, artistes et ouvriers travaillaient à pied d’œuvre. Pour Robert Barriot, ce fut un lieu de vie familiale et de travail. La crypte lui avait été offerte par Pierre l’Ermite pour y exécuter la commande d’un retable et l’auditorium pour y installer sa famille. Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Deux enfants naîtront dans cette église qui sera pendant plus de 10 ans le berceau de la famille. Les rires et les jeux des enfants qui avaient pour domicile une église, offraient aux paroissiens l’image vivante et peu ordinaire de la plus extraordinaire vie de famille d’un artiste dans un clocher !

Combien de paroissiens, de visiteurs, d’ecclésiastiques et conservateurs du patrimoine connaissent le passé de cette église ? S’il est facile de retracer sa construction dans les moindres détails, il faudra alors se replonger dans les archives de l’époque et les écrits de Pierre l’Ermite « Sainte Odile à Paris-1945 » pour découvrir la fabuleuse histoire de Robert Barriot et de son protecteur.

La rencontre de deux personnages que l’amour de l’art pour l’un et la foi pour l’autre allaient réunir dans l’acceptation totale du don de soi au service de la glorification de Dieu. Deux hommes que tout rassemblait.

D’un côté, un curé écrivain, poète, rêveur, aventurier, humaniste, que la foi n’égarait pas de la lucidité. Bon pasteur, il acceptait les différences. Les hommes étaient tous égaux, tous avaient leur place quelles que soient leurs appartenances. Il se plaisait à dire : « J’ai mes paroissiens et mes saints laïques ».

De l’autre, un artiste étonnant qui sait tout faire... qui allait devenir le maître incontesté de l’émail et offrir à Pierre l’Ermite l’œuvre la plus exceptionnelle de toute l’histoire de l’émail : un retable en émail sur cuivre repoussé, un chef d’œuvre aux dimensions impressionnantes (3.17m de haut d’un seul tenant), « L’Apocalypse selon Saint-Jean ».

L'escalier du clocher
L'escalier du clocher

Scène de famille dans l'auditorium
Scène de famille dans l'auditorium

Mariage de Robert et Michelle Barriot
Mariage

Mariage de Robert et Michelle Barriot
Mariage de Robert et Michelle Barriot

Leçon de musique
Leçon de musique

Etude dans l'auditorium
Etude dans l'auditorium

Scène de famille dans l'auditorium
Scène de famille dans l'auditorium

Four au propane (Avant)
Four au propane (Avant)

Michelle Barriot
Michelle Barriot

Pierre l’Ermite

Qui était Pierre l’Ermite, monseigneur Loutil ?

Alsacien par sa mère, berrichon par son père, il avait hérité du portrait physique de sa mère mais il avait l’âme de son père. Revendiqué par l’un comme berrichon, par l’autre comme alsacien, sa mère ne cessait de lui répéter : « Tu es alsacien ! Le Berry n’a besoin de rien. L’Alsace sans cesse est en danger, persécutée, exilée, elle a besoin de tout. Tu dois faire quelque chose pour l’Alsace » . 
Pierre l’Ermite : « Je le pense aussi et je compte payer ma dette à ma terre natale ……je ne me figurais pas à ce moment là, que soixante dix ans plus tard…mais n’anticipons pas ! »

Célèbre par ses écrits dans le journal « La Croix », esprit critique mais jamais irrévérencieux, il n’avait pas peur d’exprimer ce qu’il pensait avec cette pointe d’humour qui le caractérisait et forçait au respect. Sa vocation et son esprit de croisade l’avaient probablement orienté dans le choix de son pseudonyme d’écrivain : Pierre l’Ermite. Homme du XXème siècle, il menait ses combats sur tous les fronts: écrivain, critique, orateur, bâtisseur, homme de terrain, il n’avait pas besoin d’entreprendre une longue marche sur les chemins de Jérusalem, il lui suffisait de parcourir sa paroisse.

Organisateur infatigable, il avait créé une colonie de vacances dans l’île de Noirmoutiers « Les vieux crabes », où il aimait aller se reposer dans sa propriété. Il emmenait « ses enfants » avec lui. Il vivait un bonheur de père ; il avait sa vie de famille en quelque sorte.

Après des années d’une vie sacerdotale bien remplie, son destin allait basculer lorsqu’un jour Monseigneur Verdier lui annonça sa visite :
Écoutons-le : « Nommé curé de la belle paroisse de Saint-François de Salle, je me figurais que j’allais avoir un ministère calme, ouaté… un ministère de vieux curé prêtre dont la voix baisse et l’ardeur s’éteint. Quelle erreur était la mienne ! ».

C’est alors que rentra en scène son éminence l’archevêque de Paris, qu’on appelait déjà « le cardinal des chantiers ». Il venait à son secours en lui confiant la construction d’une église tout près de la porte de Champerret et le cardinal d’ajouter : « Vous le savez… moi, j’approche de mon centième chantier… cela me suffit. Aussi le nouveau chantier sera bien votre chantier ou si vous préférez, un chantier in partibus.

Et c’est ainsi que se réalisa le vœux pieux d’une mère pour son fils qui s’est vu attribuer à l’âge de 71 ans, la charge de cette lourde tâche.

Cette église, il la dédiera à Sainte Odile, cette sainte qui domine la ligne bleue des Vosges… « Sainte-Odile fut la sainte de ma jeunesse, elle sera celle de mes vieux jours ».

A la question d’un des vicaires généraux « Quel est le banquier de Sainte Odile ? », celui-ci s'entendit répondre par Pierre l’Ermite : « La providence, Monsieur le vicaire général ! C’est entendu, je parle du banquier d’ici-bas, du banquier terrestre. La future église sera, telle la plaine d’Alsace, l’église des petits ruisseaux puisque comme ressources pour faire face à la dépense immense, je ne vois actuellement rien autre chose ».

Et c’est ainsi que dans un de ses articles parus dans le journal La Croix, il écrira : « J’engage le dallage, j’engage la flèche, j’engage tout ! … pour le moment, je répète, en la transposant, oh, pas tant que cela, la parole de Clemenceau : Je fais Sainte Odile ».

La construction de Sainte Odile allait sceller le destin de Pierre l’Ermite et de mon père. Un véritable défi, tant pour l’un que pour l’autre, avec à l’horizon les prémices d’une guerre. Pierre l’Ermite avait écrit un article prémonitoire : L’Allemagne, cauchemar du monde. La machine de guerre se mettait en route et allait compromettre le déroulement des travaux.

Des ouvriers réquisitionnés, les maîtres d’œuvre partis au front, il ne restait plus qu’une poignée d’hommes en 1939. Le chantier était devenu indifférent, presque hostile. Il fallait la volonté de Pierre l’Ermite et le courage de Robert Barriot pour sauver Sainte-Odile. L’angoisse d’un bombardement pouvait réduire à néant toute une vie d’artistes religieux. Le Maître verrier Decorchemont s’évertuait à répéter «  un tel travail, jamais je ne pourrais le recommencer ! ». La même question se posait pour le retable de Robert Barriot. Un an de repoussage du cuivre, l’incertitude des cuissons, un défi qui remettait en cause 5 000 ans d’émailllage….

« Deum spiro, spero….tant que je respire, j’espère ». Pierre l’Ermite en avait fait sa devise quotidienne.

Quoi de plus normal pour une église en construction, que de choisir des artistes pour son embellissement. Avec Pierre l’Ermite, le destin de celle-ci allait être à son image : vivante, combattante, salvatrice, un lieu d’échange, d’écoute et de réconfort. Sa vocation ne devait pas être seulement ecclésiastique et paroissiale, mais un lieu où chaque individu pouvait se ressourcer et partager dans une même communion, une vie spirituelle et artistique.

Comme Victor Hugo avec son célèbre roman « Notre Dame de Paris », quel écrivain ne serait-il pas tenté d’écrire aujourd’hui l’histoire de mon père à Sainte-Odile ?

Au XXème siècle, dans le clocher de l’église Sainte-Odile, vit un artiste du Moyen-Age…

Tous les gens qui venaient visiter mon père dans l’auditorium, qu’ils soient ecclésiastiques, musiciens, poètes, intellectuels, artistes, savants, journalistes, médias, hommes politiques et anonymes, lorsqu’ils gravissaient les marches du clocher pour ces rencontres d’exception, avaient conscience qu’ils jouissaient d’un moment unique au milieu des œuvres de mon père et des plus beaux émaux du monde.

Privilège unique d’une église vivante, au service des hommes, de leur culture, de leurs échanges, de leur vocation, une église comme au temps de Saint-Louis, faite pour donner et recevoir.

Si un jour son histoire est réécrite, les visiteurs lèveront alors les yeux non seulement pour admirer le tympan sculpté par Anne-Marie Roux, mais pour regarder, pour la première fois les fenêtres de l’auditorium… Derrière ces grandes verrières vivait un artiste, Robert Barriot et sa famille. Deux enfants naîtront à l’abri des regards pour la plus grande joie de Pierre l’Ermite. Cette joie sera annoncée en chaire pendant la consécration de la messe dominicale en sa paroisse de Saint-François de Salle. La maison de Dieu s’était transformée en pouponnière…

Une belle histoire pour les uns, un conte du Moyen-Age pour les autres, et pour tous, l’incroyable et véridique histoire de l’église Sainte-Odile, de Pierre l’Ermite et de Robert Barriot.

Alors viendra le temps des questions. Comment en plein XXème siècle, une famille a t-elle pu habiter dans une église plus de 10 ans. Une vie privée et mais aussi publique. L’exposition permanente des œuvres qui attirait de nombreuses visites avec sa cohorte de journalistes, n’alertait t-elle pas les pouvoirs publics ? Était-ce le « No man’s land » de l’église ?

La merveilleuse histoire prit fin dans la tourmente d’une expulsion un certain mois de novembre de l’an 1953. Ce n’était pas un conte de Noël.


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